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Dix constatations sur la situation de la musique suisse

Roy Oppenheim, chef de la communication de SUISA, résume

Le rôle de la radio dans la diffusion de la musique locale est contesté. Souvent, on mélange les émotions et les faits au cours des discussions. Raison de plus pour faire le point de la question avec dix faits et quelques questions.

 La première et la plus répandue des formes de communication humaines est la musique. C'est pourquoi elle est aussi la plus populaire des formes d'art. Par la musique, nous communiquons avec d'autres gens. Par la musique, nous nous découvrons. La musique crée de l'identité, même dans un pays multiculturel.

 Sa position économique dans notre civilisation est importante: dans le monde entier, elle fait vivre des professionnels et réalise des milliards en chiffres d'affaires.

 Une scène musicale vivante et viable résulte de l'action combinée de la production, de la distribution, de la promotion et du public, dont les intervenants doivent être des compositeurs de talent, des producteurs innovateurs, des interprètes chevronnés, des médias engagés et des auditrices et auditeurs intéressés.

 Le monde musical suisse révèle un étonnant potentiel de vitalité, et obtient succès et respect sur le plan international. Pourtant, cette réussite ne suscite guère d'écho dans les médias électroniques nationaux. La proportion de musique suisse dans les programmes de radio helvétiques - que ce soit "SRG SSR idée suisse" ou les radios privées commerciales - est nettement plus basse que dans les autres pays.

 La proportion de musique suisse dans les programmes de radio est plus faible que le pourcentage de phonogrammes suisses vendus. Visiblement, nos rédactions musicales manifestent peu d'intérêt pour le marché de la musique helvétique.

 La "SRG SSR idée suisse" bénéficie d'un encouragement appréciable en matière de culture suisse, puisqu'elle reçoit, à condition de remplir son mandat culturel et de prestations, plus d'un milliard de francs par an. Elle se comprend comme la représentation de la notion de "swissness": des programmes faits par des Suisses pour des Suisses. La culture est la "raison d'être" du service public, et c'est dans ce sens que la SSR communique.

 La proportion de musique suisse est particulièrement basse sur les troisièmes chaînes, qui pourtant cherchent à atteindre un auditorat local, moderne et jeune. Les raisons de ce fait sont complexes. Certainement, il y a lieu de mentionner le proverbial désintérêt à être "prophète en son pays". Et pourtant: les rédacteurs manifestent-ils assez d'intérêt pour la culture musicale helvétique? Ne trouvent-ils plus ni le temps ni le loisir d'analyser la production nationale? Leur manque-t-il les connaissances requises? Il est bien plus simple d'opérer une sélection en suivant les divers palmarès que de se faire soi-même une opinion. Il faut un certain temps à la réception de la musique avant que l'on puisse juger de son succès ou de son insuccès. A notre avis, la "mentalité mainstream" régnante est un renoncement devant la difficulté.

 Et pourtant, la musique de notre pays - composée et interprétée par des artistes de toutes les régions - serait justement un facteur de liaison, "idée suisse pure" pour ainsi dire. Pour une entreprise de service public, il serait du meilleur effet de se rallier au panache de la "musique suisse" et d'en épouser la cause.

 Comment faire changer cette attitude? Certainement pas en attendant qu'elle le fasse d'elle-même - sans quoi les nombreux entretiens et appels de ces dernières années auraient déjà provoqué des changements fondamentaux. Force est de constater que les attitudes ne se modifient qu'au moyen de prescriptions légales dont les résultats sont mesurables. L'une de ces prescriptions est la réglementation des quotas, aussi insolite et étrange qu'elle soit au premier abord. Les expériences faites dans ce domaine par le Canada, la France et l'Espagne sont tout à fait positives. Après le scepticisme du début, ces pays ont opéré avec le temps un changement d'attitude; et l'on est fier aujourd'hui d'avoir donné de l'élan et une nouvelle position à la création musicale nationale. A présent, les quotas sont devenus une chose allant de soi.

 D'autres réglementations légales sont également concevables, comme la subordination directe du versement des redevances à la condition de remplir le mandat culturel. Cela pourrait signifier que les fonds des redevances ne seront alloués que si la mission culturelle (à laquelle doit encore être donnée une définition plus précise) est accomplie. Une chose est sûre: il est nécessaire de trouver une solution praticable et flexible dans le cadre de la législation - tout à fait dans le sens de la notion fréquemment citée d'"idée suisse".

Roy Oppenheim, chef de la communication de SUISA