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La radio, véritable relais de la musique suisse

Une réponse de Marc Furrer,directeur de l ’OFCOM

De l'avis de tous les gourmets, l'amour passe par l'estomac. La musique, pour sa part, dépend de la disponibilité d'écoute de l'auditoire. Or quel meilleur moyen que la radio pour sensibiliser un large public à la musique ? En effet, les airs diffusés sur les ondes se gravent particulièrement bien dans la mémoire musicale des auditeurs. Par le passé, la radio a souvent contribué au succès populaire d'un morceau, l'intégrant au vécu des individus ou l'érigeant même parfois au rang de trésor national cher à la collectivité. Espérons que le rôle joué par la radio restera inchangé !

L'Office fédéral de la communication (OFCOM) est l'autorité de régulation dans les domaines de la radiodiffusion et de la télévision. La musique fait donc partie de l'horizon tant privé que professionnel des collaborateurs de l'OFCOM. Il faut savoir qu'en Suisse, la culture jouit d'un statut particulier auprès des médias électroniques, conformément aux termes de la Constitution fédérale et de la Loi sur la radio et la télévision (LRTV). En particulier, la LRTV dispose que la radio et la télévision doivent promouvoir la création artistique suisse et stimuler la participation des auditeurs et des téléspectateurs à la vie culturelle.

La musique suisse fait partie intégrante de la culture du pays. Elle contribue à l'épanouissement des compositeurs et des auditeurs, elle est présente au quotidien dans la vie de sept millions de personnes, elle met de la vie, elle adoucit les mœurs et nous convie à l'occasion à esquisser quelques pas de danse. Toutefois, pour parvenir à nos oreilles, la musique suisse dépend étroitement du support de transmission qu'est la radio. Car la musique n'est perçue comme telle que si elle est jouée. Or ni la Constitution, ni la loi et encore moins l'OFCOM sont en mesure d'influer sur le degré d'acceptation de la musique suisse dans le public. Ce dernier décide souverainement des morceaux de musique qui lui plaisent ou, au contraire, lui déplaisent. Dans ce contexte, la radio a pour mission de relayer la musique suisse jusqu'aux oreilles des auditeurs.

Quant à l'OFCOM, il n'est pas de son ressort de faire de la radio ou de dicter aux médias les moyens à mettre en œuvre pour promouvoir la musique suisse. L'OFCOM assume que les responsables musicaux des nombreuses chaînes privées et, en particulier, la SRG SSR idée suisse, sont conscients du rôle qui leur est dévolu en matière de service public et s'acquittent de leur mission avec un entrain égal à celui dont les auditeurs font preuve de l'autre côté du poste. En d'autres termes, il appartient en premier lieu aux radios de décider des morceaux qu'elles jouent. La LRTV en vigueur se fonde ainsi sur la promotion rationnelle selon le principe de l'autorégulation et non sur la protection des arts et de la culture. Et la révision de la loi, pour laquelle un message au Parlement est en cours d'élaboration, ne prévoit aucun changement en la matière.

Toutefois, l'OFCOM surveille la situation de près. Si les mécanismes de l'autorégulation sont grippés, il lui incombe, en sa qualité de régulateur, de relancer la machine. Mais comme la loi en vigueur limite les possibilités d'intervention, l'OFCOM se profile plutôt comme un intermédiaire entre le monde de la musique et les radios. Le cas échéant, il se tient prêt à remettre au pas les radios qui font la sourde oreille à la promotion de la musique suisse.

L'application d'une solution aux contours plus rigides serait imaginable dans le cadre de la nouvelle loi. Si, pour différentes raisons, il paraît peu judicieux d'imposer une quote-part fixe de musique - à l'instar de ce qui se pratique en France - dans un pays aussi petit que le nôtre, le Conseil fédéral devrait toutefois avoir la possibilité de prendre des mesures concrètes visant à promouvoir la musique à l'échelle nationale. Un scénario envisageable serait par exemple la conclusion d'un accord entre SRG SSR idée suisse et les milieux de la musique, afin d'assurer à la musique suisse une place dans les programmes de la société de radiodiffusion. Et si cette solution ne portait pas ses fruits, le Conseil fédéral devrait avoir la compétence, en cas de nécessité, de définir une quote-part fixe de musique suisse qui aurait valeur d'" ultima ratio ". Dans le même ordre d'idées, le Comité consultatif prévu dans le cadre du projet de loi - un organe de discussion indépendant chargé de veiller à l'accomplissement du mandat de service public - devrait aussi avoir son mot à dire sur la question. Car, en définitive, il serait juste que la promotion de la musique suisse constitue un critère d'évaluation pour les radios locales et régionales qui demandent une répartition du produit de la redevance ou un certain nombre de privilèges techniques favorisant la diffusion de leurs programmes.

Malgré les notes discordants entendues au cours de ces derniers mois, la radio devrait continuer - si le point de vue de l'OFCOM prévaut - de jouer (ou retrouver) le rôle qui est le sien : servir d'instrument de promotion à la musique suisse… pour le plus grand plaisir de nos oreilles !